Les DYS sont-ils acceptés dans notre société?​

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Les DYS sont-ils acceptés dans notre société?

Je pars du principe que TOUS les enfants désirent apprendre, car c’est humain, c’est naturel, c’est en eux depuis toujours. Ils apprennent de leur environnement familial, de leurs amis, et de leurs enseignants. C’est un constat, il n’y a pas de doute à avoir là-dessus. En tant que parent d’enfant « qui rame un peu plus que les autres à l’école », j’ai vu comment ma fille se donnait à fond pour pouvoir réussir, en passant des après-midis sur des devoirs dont on ne voyait pas la fin. Sa détermination et son envie de réussir sont semblables à celle de ses autres camarades, certes. Mais, le regard que portent la société sur elle est différent. Oui, elle a des difficultés et oui, elle est dyslexique. Et oui, elle a besoin d’un enseignement différent puisqu’elle apprend différemment

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Je me suis heurtée malheureusement à une certaine « ignorance » de la société sur ce que sont les dys. Actuellement, on estime que 4 à 5 % des élèves d’une classe d’âge sont dyslexiques, 3 % sont dyspraxiques et 2 % sont dysphasiques (définitions en bas de page). Soit, au total, environ 10% des élèves qui présentent des troubles de l’apprentissage. Cela comporte un aménagement des cours, car un dys a besoin de plus de temps pour résoudre un problème ou faire une dissertation par exemple. Pour compenser ses difficultés, l’élève dys a droit d’utiliser une tablette ou une calculatrice s’il le souhaite. Il s’agit ici d’un principe d’équité et ce n’est pas du favoritisme !

Autrefois, on ne savait pas comment qualifier l’enfant qui n’apprenait pas bien en classe. C’était soit un faignant, soit un cancre. Heureusement, les progrès de la science ont permis de comprendre que ces qualificatifs étaient injustifiés. En effet, le Dys a un cerveau qui n’est pas stimulé de la même manière que les neurotypiques. Donc maintenant, on sait que le Dys ne fait pas « exprès » de lire lentement, de ne pas comprendre le sens ce qu’il vient de lire ou bien de faire de grosses fautes d’orthographe (en plus, souvent les mêmes!).

D’ailleurs, la loi tutelle les dys et les enseignants mettent en place, en général, des plans d’actions dans ce sens. Les techniques d’organisation du travail et de mémorisation telles que le mindmapping ou le sketchnoting sont d’excellents moyens d’apprendre autrement.

Par contre, j’ai pu constater un vide qu’aucune loi ne peut combler : un manque de sensibilité de plus en plus diffus au fur et mesure que le dys grandit. Dans mon cas personnel, j’ai vu comment ce qui était «toléré » au primaire, le devient de moins en moins au secondaire. Un enfant distrait peut faire sourire, mais un ado, qui n’est pas attentif en classe, agace. Le mythe du cancre est dur à mourir…

Mon ado de fille  est comme tous les dys: une hypersensible. Elle capte tout ! Elle saisit les réflexions déplacées et elle en souffre. Souvent, le processus d’apprentissage d’un dys est accompagné par cette souffrance morale. Adultes, les dys ont pris du recul par rapport à leur période scolaire mais nombreux sont ceux qui en parle comme d’un moment de grande difficulté émotionnelle. Alors pourquoi ce vide? Pourquoi notre société n’est-elle pas capable de comprendre qu’un dys ne fait pas exprés d’être neurologiquement différent? 

Souvent, les « différences » des Dys sont soulignées alors que leurs singularités sont trop peu valorisées. Le rôle de la famille est déterminant puisqu’elle va aider l’enfant à relativiser et à chercher des solutions pour ne pas vivre l’école comme un calvaire. C’est un sacré challenge pour les proches ! Parce qu’en tant que parent, notre but est de donner à notre enfant un bagage solide pour affronter le monde quand il volera de ses propres ailes. Malgré tout l’amour que je peux donner à ma fille, j’ai l’impression que ça ne suffit pas. Comme beaucoup de Dys, elle a des fragilités: une faible estime de soi, un sentiment d’être inadéquat, des difficultés à faire des choses de la vie courante (lire banalement l’heure, par exemple) et plus récemment elle souffre des crises d’angoisse.

Je ne peux m’empêcher de penser que si la société et le système scolaire avaient été plus indulgents envers elle, envers sa différence, elle ne devrait pas vivre ce genre de mal être intérieur. En écoutant de nombreux récits de Dys, la souffrance les a accompagné souvent à l’école puis au travail. Etre Dys, c’est comme avoir une arme à double tranchant: un moteur pour prouver au monde ses capacités? ou un obstacle pour s’enfoncer encore plus bas? L’histoire de chaque Dys est différente évidemment. Pour conclure, je dédie ces derniers mots à ma merveilleuse dyslexique: ma chérie, rien n’est impossible pour toi et je t’accompagnerais dans chacun de tes choix, on avancera ensemble pas à pas. 

Petit lexique sur les DYS :

Il y a pas mal de confusion sur ce qu’est la dyslexie. On en entend pas mal parler, mais ce n’est pas pour cela qu’on la connait mieux. En fait, la dyslexie n’est qu’une forme des troubles DYS. Ma fille, par exemple, est dyscalculique (difficulté à faire des raisonnements mathématiques). Le trouble de la dyslexie (difficulté à lire et comprendre les mots), la dyspraxie (difficulté de coordination des mouvements), la dysorthographie (difficulté à écrire correctement les mots). J’aime dire que c’est une « caractéristique » de l’individu car ce n’est ni une maladie (on n’en guérit pas) et ni un frein pour réussir dans la vie. Bien au contraire, je rappelle souvent à ma fille que Einstein ou John Lennon étaient dyslexiques ! Comme une personne myope portera des lunettes, un dys cherchera à compenser son déficit d’apprentissage en utilisant des méthodes différentes des autres. Et c’est là que le dys tient toute sa richesse et donnera le meilleur de lui ! En faisant différemment et en apportant sa vision originale !

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MaudAntigone Auteurs de commentaires récents
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Antigone
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Antigone

Merci pour cet article très sincère et touchant. Je ne crois pas que les gens ayant un caractéristique dys soit tous hyper sensible par contre ils ont été hyper sensibilisé. Le système scolaire tel qu’il existe aujourd’hui demande de montrer des capacités qu’ils n’ont pas mais personne de demande à des enfants doué en langue, d’être des « problem solvers » ou d’avoir une excellente vision dans l’espace, beaucoup de créativité. Notre système hiérarchise les compétences très souvent au détriment des personnes ayant une/des caractéristiques dys. Merci encore pour ton partage, ta fille a de la chance d’avoir une maman qui veut… Lire la suite »

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